sein

A l’automne dernier, tout avait été bouclé en trois semaines.
L’image, le geste, le résultat rassurant.
Je garde à ce jour une toute petite marque à peine plus foncée, comme une étoile, sur le galbe de mon sein gauche.
Cela avait été presque facile, emportée que j’étais dans ce divorce débutant. Je n’avais pas lutté contre moi-même mais plutôt pour me protéger d’un environnement très agressif à mon égard, ce qui m’avait alors rendu un fier service : celui de mettre les voiles d’une manière encore plus définitive et de tourner la page pour clore ce livre là.

A ce milieu de printemps, c’est avec insouciance que je suis allée contrôler ce que j’ai appelé mes petits cristaux. Et le scénario n’a pas été du tout celui que j’imaginais ! J’ai d’abord commencé par un acte manqué évident puisque je me suis pointée sans l’image du mois de novembre. Impossible donc de faire une comparaison. Puis, alors qu’une semaine venait de s’écouler, je pensais que dans ma boite à lettres, il y aurait une grande enveloppe avec le résultat… Et bien non, coup de fil…
« Je suis embêtée car cela a augmenté de volume… J’ai peur que l’on soit passé à côté de quelques choses il y a six mois… »
Impossible nouvelle : il fallait se réarmer pour repartir dans un processus de diagnostic plus poussé.

Les phrases entendues qui ont tourné en rond (en mal ou en bien) dans mon esprit :

- Vous êtes jeune, 39 ans, avec une situation psychologique propice…
- On fera de toute manière une chirurgie, quelque soit le résultat de l’anapath…
- Dans votre situation, vous êtes extrêmement bien prise en charge, au tout début, il n’y aura donc pas d’autre traitement…
- Côté « yeux bleus », vos parents ont super bien œuvré, côté texture du sein à l’intérieur : c’est merdique ! Mais on devrait pouvoir en faire quelque chose… (
Ça, c’était ma gynéco de choc, une chouette toubib !)

Alors par force et conviction, je me suis occupée de moi. Je me suis dit que c’était une suspension imposée, sur mon temps d’évolution, qui allait me conduire à un travail sur moi que je n’aurais pas fait aussi finement si je n’avais pas été confrontée à cela.
J’ai ouvert un grand éventail sur toutes mes ramifications, comme une sorte de peigne fin qui détermine toutes les sources de mon énergie, ou encore comme des milliers de liens qui me sondent, me contiennent et me réordonnent.

D’un point de vue très pragmatique, je ne suis effectivement plus inquiète. Car je sais que je suis très bien prise en charge et qu’ensuite, je ferai partie de ses femmes qui sont étroitement surveillées et bichonnées. Je le prends ainsi.

Mais au fond de moi, c’est une mêlée intense, entre ma raison, mes intuitions, mes convictions, ma sensibilité, l’image de moi, de ma féminité profonde. Tout cela s’oppose, se heurte, se fractionne, se liquéfie, se reconstitue.

Je m’aperçois que j’ai toléré des années durant d’avoir mon âme et mon cœur rabaissés, malmenés, violentés, tailladés, ignorés au risque d’avoir mon intérieur abîmé au plus haut point sans possibilité de « reconstruction » avec de larges cicatrices, et à ce jour, alors qu’il n’y a qu’une plastie en jeu, je suis morte de trouille et je ne veux pas que l’on me détériore davantage.

Mais je n’ai pas le choix : je dois gravir une à une toutes ces marches qui me conduisent du côté de la guérison, de la vie. Je dois continuer à être sage et disciplinée.

Et me servir de mes moteurs…

Mes enfants.
Ma musique.
Mes écrits.
Ma famille.
Mes amis.

Alors, ce n’est ni aujourd’hui ni demain ni même après, durant encore au moins quarante belles années je l’espère, que je vais arrêter d’écrire !!!

Et je trouve dans ce blog des ressources inattendues, dans le regard, le soutien de tous, dans ces rencontres étonnantes, somme toute, au pas de ma porte. C’est comme une grande spirale qui m’emmène vers l’extérieur où à l’identique, je peux puiser dans les êtres qui m’entourent de l’énergie pour rétablir mon bonheur de vie…

Merci...