cieux

 

- Bombes.
- Dépôt de calcaire dans les canaux galactomachins.
- Partout.
- On s’active autour de vous pour ne jamais arriver au pire.
- Y’en a partout. (Mais ça, je l’ai déjà dit. J’ai regardé hier soir attentivement les clichés. Ceux de novembre. Ceux de mai. Et j’ai continué comme je faisais depuis deux heures, à pleurer dans mon chez-moi toute seule, à me révolter contre ce que je voyais, à repasser en boucle toutes les paroles pourtant rassurantes…)
- Pas de pronostic vital en jeu.
- « Ils sont très petits vos seins, ça vous complexe ? Pas du tout ; je les aime beaucoup comme ça. C’est mon côté collégienne qui prend le dessus. »
- Harpons.
- Repérage. Franchement, ça : c’est désagréable. (et quand un médecin vous dit que cela va être désagréable, c’est que ça va franchement être désagréable !)
- Vous vous faites accompagner et vous venez direct ici. (pas de problème, j’ai un bon taxi).
- Ensuite, j’en fais mon affaire. Et le lendemain vous ressortez.
- Je me débrouille pour que l’on ait les résultats le plus vite possible.
- Dans 90 % des cas, c’est bénin.
- Chaque année, surveillance : On peut prévoir de mettre une fermeture éclair, ça ira plus vite et plus rigolo !

Et droit dans les yeux, le type me dit :
- Bon, sinon, je vais être direct : si c’est précancéreux, on enlève tout le sein. Y’en a partout (encore redit) et comme vous êtes jeunes (hé ! hé ! hé !), on ne va pas aller à l’économie. On vous reconstruit après, en plus gros même si vous le voulez… Et on n’en parle plus !

J’ai bien accroché avec ce chirurgien. Clair, net, précis, un peu d’humour, réaliste, ne passant pas par quatre chemins. Surtout : droit dans les yeux (ça aussi, je l’ai déjà dit) toute la consultation. Ne perdant pas un millimètre de mes réactions. Et hier quand j’étais au fond du gouffre, je me suis dit : «ça t’apprendra à ouvrir tes yeux immenses, à écouter et tout prendre des paroles, comme si tu étais the most méga-super-hyper-fantastoche-woman in the world ! Le mec, il t’a tout dit, même ce que tu ne voulais pas entendre…»

Au pire, ou au mieux, qu’en sais-je véritablement maintenant, il me laissera ou me refera mes jolis seins.

Ensuite, j’ai bu de la vodka avec du jus d’orange, mangé des pains au raisin, regardé le match de foot, fait du tricotin en écoutant le concours de Monaco (des pianistes de fou jouant du Tchaïkovski ou du Rachmaninov, du délire, comment font-ils ?) et je suis allée dormir sans penser à rien.

Et puis hier, au fur et à mesure de la journée, mon esprit a commencé à ressurgir.

Et vers 18 heures, je n’étais plus qu’une grande marée. Avec des sanglots par wagon, des larmes à me faire exploser les paupières trop tendues de tout ce flot.

Lâche prise.
Ne retiens rien…

Donc, je me laisse aller dans ce tourbillon paradoxal. A ne faire qu’avancer jour après jour, avec mes peurs, mes joies, mes ambivalences, mes élans. Je ne peux pas décider pour moi à cet instant. C’est d’autres qui vont s’en charger. Parce qu’après tout quel serait mon choix ?

D’en finir le plus vite possible avec tout ça, tourner la page et voir d’autres paysages. Et c’est là le plus invraisemblable : c’est que ce choix pourrait bien aller à l’encontre de mon apparence, si je devais le décider. Pour ne plus recommencer ces mêmes attentes, ces questions identiques, cette spirale infernale.

J’ai l’impression pourtant d’avoir payé mon tribu de tout cela. Mais ce pourrait-il que mon inconscient en ait décidé autrement ? Aller jusqu’au bout d’un processus largement entamé pour changé totalement de vie… Va savoir !


Ce soir, mes enfants sont là. Ils dorment paisiblement dans leur chambre, ensemble. Quand je suis allée les chercher chez leur père, je ne me suis mise aucun masque. Mais je n’ai pas attrapé le regard de leur Papa.

Nos retrouvailles ont été très douces, comme si je les avais quittés le matin même.

Et là, je suis à ma place exactement, ajustée au quart de ton près, comme une harmonique qui retentit sur son onde véritable.

Le temps avance, c’est comme ça.